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Conte égyptien

Le Conte des deux frères

Environ 6 min de lecture

Bata travaille auprès de son frère aîné Anoup. Une accusation brise leur foyer ; des animaux qui parlent, une intervention divine et une série de métamorphoses entraînent ensuite le jeune homme jusqu’au trône. Le lien entre les frères, d’abord rompu, rend possible son retour à la vie.

Ce conte est conservé dans le papyrus d’Orbiney, un manuscrit hiératique de la XIXe dynastie. Nous suivons ici la traduction anglaise de F. Ll. Griffith éditée par Petrie, en signalant ses choix de vocabulaire. L’histoire appartient à la littérature : elle ne constitue pas la biographie d’un roi attesté.

Illustration contemporaine de Bata dans un paysage agricole égyptien
TémoinPapyrus d’Orbiney, British Museum EA 10183
PersonnagesBata et son frère aîné Anoup, nommé Anpu dans la traduction
Lecture suivieGriffith / Petrie, Anpu and Bata, p. 36–65
01

Un foyer brisé par une accusation

Au début du conte, Anoup possède une maison et vit avec sa femme. Bata, son jeune frère, s’occupe des bêtes et des champs ; il rapporte chaque soir le produit de son travail. L’aîné l’a élevé, et Bata considère le couple comme des parents. Les animaux lui parlent déjà : le merveilleux est présent dans cette vie agricole apparemment ordinaire.

Envoyé chercher des semences, Bata repousse les avances de sa belle-sœur. Celle-ci prétend alors qu’il a voulu la séduire et qu’il l’a frappée. Anoup la croit sans entendre son frère et l’attend, armé, à l’entrée de l’étable. Les vaches avertissent Bata du danger : il aperçoit son poursuivant et s’enfuit. Ces épisodes ouvrent la traduction de Griffith, p. 36–45.

Bata

Retrouver les repères et les thèmes de cette figure littéraire.

02

La séparation et la promesse de secours

Bata invoque Rê-Horakhty, qui fait surgir entre les frères une étendue d’eau peuplée de crocodiles. Au matin, chacun depuis sa rive, ils peuvent enfin s’expliquer. Bata raconte ce qui s’est passé et se mutile pour manifester son refus de l’accusation. Anoup comprend sa faute, mais son frère refuse de revenir au foyer. De retour chez lui, l’aîné tue sa femme et porte le deuil de leur séparation (p. 45–49).

Avant de partir, Bata lui confie les conditions d’un futur secours : sa vie sera attachée à un principe vital placé dans la fleur d’un arbre. Si celui-ci tombe, Anoup devra le rechercher, le déposer dans de l’eau fraîche et le lui rendre. Une boisson qui se trouble avertira l’aîné du malheur. Dans cette édition, les mots anglais sont « soul » et « acacia » : nous conservons le mécanisme du conte sans en déduire une botanique ou une localisation certaine.

03

Une compagne divine et une mèche de cheveux

Dans la vallée où il s’est retiré, Bata chasse et se construit une demeure. Les dieux le prennent en pitié : à la demande de Rê-Horakhty, Khnoum lui façonne une compagne. Les sept Hathor annoncent pour elle une mort violente. Bata lui révèle le secret de sa vie placée dans l’arbre et l’avertit du danger de la mer (p. 49–52).

Une mèche de ses cheveux, emportée par les eaux, arrive parmi le linge de Pharaon. Son parfum intrigue la cour ; des messagers partent chercher la femme à laquelle elle appartient. Après une première expédition que Bata repousse, une nouvelle délégation l’amène auprès du roi. Devenue sa favorite, elle lui demande de faire couper l’arbre de Bata. La fleur qui porte son principe vital tombe et Bata meurt (p. 52–56).

Khnoum

Le dieu qui façonne la compagne de Bata dans ce conte.

04

Anoup retrouve et ranime son frère

Anoup voit sa bière se troubler et constate une anomalie dans son vin. Il reconnaît le signal annoncé et rejoint la vallée. Il trouve Bata mort, puis cherche ce qui peut le ramener. Selon Griffith, trois années de recherche s’écoulent ; au début de la quatrième, alors qu’il songe à renoncer, il finit par trouver une graine contenant le principe vital de son frère (p. 56–57).

Il place la graine dans une coupe d’eau fraîche. Pendant la nuit, Bata recommence à bouger ; Anoup lui fait boire l’eau, et la vie retrouve sa place. Les frères s’embrassent et se parlent. Il s’agit bien d’une mort suivie d’un retour à la vie dans le récit, et non d’une simple blessure. L’aîné accomplit désormais le secours promis au moment de leur séparation (p. 57–58).

05

Du taureau aux perséas, puis à l’enfant royal

Bata devient un taureau remarquable et se fait conduire par Anoup auprès du roi. La cour s’émerveille et récompense son frère. Mais l’animal révèle son identité à son ancienne compagne. Celle-ci obtient du roi qu’il soit sacrifié. Deux gouttes de son sang tombent près des portes du palais et deviennent deux grands perséas : Bata continue ainsi d’exister sous une autre forme (p. 58–62).

L’un des arbres parle à la reine et lui rappelle ce qu’elle a fait. Elle demande alors que les perséas soient abattus. Pendant les travaux, un copeau entre dans sa bouche ; elle l’avale et enfante ensuite un fils. Cet enfant est Bata revenu sous une nouvelle forme. Le roi le chérit et le choisit comme héritier (p. 63–64). Le conte enchaîne ces transformations sans les présenter comme des événements ordinaires.

06

Le retour des deux frères au pouvoir

À la mort du roi, Bata monte sur le trône. Il expose son histoire devant les grands du royaume et fait comparaître celle qui fut sa compagne, puis sa mère. La traduction suivie mentionne un jugement sans détailler ici la peine : nous n’ajoutons pas de scène d’exécution. Bata fait venir Anoup, le désigne comme successeur, et l’aîné devient roi après sa mort (p. 64–65).

Ce dénouement donne au lien fraternel une nouvelle place : celui qui voulait tuer Bata a permis sa renaissance et reçoit finalement sa succession. Anoup porte un nom également associé à Anubis, mais sa place dans ce conte ne suffit pas à faire de Bata un frère du dieu funéraire dans toutes les traditions. De même, les lieux merveilleux de l’histoire ne permettent pas de tracer un itinéraire moderne assuré.

À retenir

  • Anoup, le frère qui poursuit Bata, devient ensuite celui qui le cherche et le ramène à la vie.
  • La survie de Bata passe par un principe vital placé hors du corps, puis par les formes du taureau, des perséas et de l’enfant royal.
  • Le papyrus transmet un conte : son merveilleux, sa géographie et ses personnages ne doivent pas être transformés en faits historiques.
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Testez votre lecture

Cinq questions, une explication à chaque réponse et un lien pour retrouver le passage du récit.

Retrouvez les personnages et les grands repères.

Sources & pour aller plus loin

Texte ancien — traduction anglaise

Anpu and Bata, p. 36–65

Traduction anglaise de F. Ll. Griffith, éditée par W. M. Flinders Petrie, Egyptian Tales, Second Series : première publication 1895, seconde édition 1913 reproduite sur Gutenberg. Foyer et séparation p. 36–49 ; compagne p. 50–56 ; retour à la vie p. 56–58 ; transformations et succession p. 58–65. Crédit du traducteur p. 66. Les remarques comparatistes qui suivent ne sont pas le texte du conte.

Objet et notice muséale

British Museum — papyrus d’Orbiney, EA 10183,1

Notice de collection consultée en anglais : manuscrit hiératique, XIXe dynastie, scribe Inena. La date et la provenance du manuscrit ne localisent pas les aventures merveilleuses du récit.