Conte égyptien
Setné et le livre de Thot
Environ 6 min de lecture
Un livre merveilleux promet d’ouvrir l’accès aux secrets du monde. Setné veut le posséder, même lorsque les morts lui racontent le prix qu’ils ont payé pour l’avoir pris. Le premier conte de Setné fait ainsi se répondre deux quêtes du savoir : celle de Naneferkaptah, puis celle de son visiteur.
Le texte démotique est conservé sur le papyrus Caire CG 30646. Ses deux premières pages sont perdues : nous présentons la situation nécessaire à la lecture sans inventer le détail de cette ouverture. Le héros littéraire rappelle le prince Khaemouaset, fils de Ramsès II, mais ses aventures magiques ne sont pas des faits de sa vie historique.

Dans le tombeau, Ahouré prend la parole
La partie conservée nous fait entendre Ahouré, épouse et sœur de Naneferkaptah. Elle raconte à Setné comment son mari a obtenu le livre, et comment leur famille en a été détruite. Le lieu du dialogue est le tombeau de Naneferkaptah : les paroles des défunts y interrompent le désir de possession du visiteur. La manière exacte dont Setné y est arrivé relève du début perdu, que les éditions peuvent reconstruire mais qui n’est pas conservé.
Le couple a un fils, nommé Merab chez Griffith et Merib chez Lichtheim. Naneferkaptah consacre son temps à lire les inscriptions des monuments de Memphis. Lors d’une procession de Ptah, un prêtre lui parle d’un livre écrit par Thot : ses formules permettent de comprendre les êtres vivants et de contempler les puissances célestes. Ce savoir attire aussitôt le prince (page III ; Griffith, p. 18–21).
Naneferkaptah s’empare du livre
Le prêtre situe le livre dans les eaux de Coptos, protégé par des coffrets emboîtés et des reptiles. Malgré les objections d’Ahouré, Naneferkaptah part avec elle et leur enfant. Il anime par une formule une embarcation de cire et son équipage, atteint la cache, écarte les gardiens et affronte un serpent qui revient à la vie. Il empêche finalement ses deux parties de se réunir en les séparant avec du sable (page III ; Griffith, p. 21–24).
Le livre se trouve dans le coffret d’or. Naneferkaptah en récite les formules, puis le rapporte à Ahouré, qui en éprouve elle aussi les pouvoirs. Il en copie les mots sur un autre papyrus, les dissout dans un liquide et les boit. Cette appropriation du texte appartient au merveilleux du conte : le scribe cherche à garder le savoir en lui, au-delà de la possession du rouleau (III–IV ; Griffith, p. 24–26).
Le savoir ne sauve pas la famille
Thot porte plainte devant Rê : Naneferkaptah a pris son livre et tué son gardien. Une puissance divine est envoyée contre lui et les siens. Pendant le retour, l’enfant tombe à l’eau et meurt ; Ahouré connaît ensuite le même sort. Les formules de Naneferkaptah permettent de retrouver leurs corps et de les faire parler, mais elles ne leur rendent pas la vie. Tous deux sont ensevelis à Coptos (page IV ; Griffith, p. 26–27).
Naneferkaptah, désespéré, attache le livre à son corps et se jette à son tour dans l’eau. Son corps parvient à Memphis, où il reçoit une sépulture. Ahouré achève ainsi son avertissement : ce que Setné convoite leur a coûté la vie. Le livre a donné des pouvoirs au scribe, sans lui assurer le droit de le posséder ni la capacité de protéger sa famille (page IV ; Griffith, p. 28–30).
Setné perd au jeu, mais prend le livre
Setné refuse de renoncer. Naneferkaptah lui propose de jouer le livre sur un plateau. À chaque partie perdue, Setné s’enfonce davantage dans le sol ; après la troisième, il est enterré jusqu’aux oreilles. Il demande alors à son compagnon de chercher auprès de Pharaon les amulettes de Ptah et ses livres de magie. Grâce à cette aide, il se libère et saisit le volume (page IV ; Griffith, p. 30–32).
Il n’a donc pas gagné le livre au jeu. Il l’emporte malgré les morts et malgré l’avertissement de Pharaon, qui lui conseille de le rendre. Naneferkaptah annonce qu’il reviendra dans une posture humiliante, avec un bâton fourchu et un brasier sur la tête. Setné se consacre pourtant à la lecture de son nouveau bien (page IV ; Griffith, p. 32–33).
Taboubou et la disparition de l’illusion
Setné rencontre Taboubou, appelée Tabubue chez Griffith, fille d’un prêtre de Bastet. Il la désire et la suit chez elle. Elle exige d’abord un acte lui cédant ses biens, puis l’accord de ses enfants, et enfin leur mort. Dans la scène qu’il vit, Setné accepte ces demandes. Le conte pousse son égarement jusqu’au sacrifice de ce qu’il aurait dû protéger (page V ; Griffith, p. 33–37).
Au moment où il croit obtenir ce qu’il veut, la scène se brise. Il se retrouve dénudé et honteux. Une figure à l’apparence de Pharaon lui annonce que ses enfants sont vivants à Memphis ; il les y retrouve et les embrasse. Setné attribue l’épreuve à Naneferkaptah. Ce retournement interdit de résumer l’histoire comme le meurtre définitif des enfants : le texte lui-même dément cette apparence (page V ; Griffith, p. 37–38).
Rendre le livre et réunir les défunts
Setné retourne au tombeau avec le livre et les objets humiliants annoncés. Mais la réparation ne s’arrête pas là : Naneferkaptah demande que les corps d’Ahouré et de leur enfant, restés à Coptos, soient réunis au sien. Setné repart et cherche leur sépulture avec les prêtres locaux. Un vieillard leur indique l’endroit ; le récit révèle qu’il s’agit de Naneferkaptah lui-même (pages V–VI ; Griffith, p. 38–40).
Setné ramène les défunts à Memphis ; ils sont déposés dans le même tombeau. Le mouvement du récit s’inverse : venu prendre aux morts un objet convoité, le héros finit par les servir et réunir leur famille. Le voyage dans l’au-delà avec son fils Siousir appartient à un autre texte, le second conte de Setné ; il ne prolonge pas cette intrigue dans le papyrus lu ici.
À retenir
- L’histoire d’Ahouré et de Naneferkaptah avertit Setné du danger du livre avant qu’il ne s’en empare lui-même.
- L’épreuve de Taboubou conduit Setné à croire ses enfants morts ; le récit précise ensuite qu’il les retrouve vivants.
- Le dénouement associe restitution du livre et réunion des défunts ; le voyage avec Siousir appartient au second conte.
Testez votre lecture
Cinq questions, une explication à chaque réponse et un lien pour retrouver le passage du récit.
Retrouvez les personnages et les grands repères.
Sources & pour aller plus loin
F. Ll. Griffith — The Tale of Khamuas and Neneferkaptah
Stories of the High Priests of Memphis (1900), chapitre II : introduction sur les lacunes p. 15–18 ; traduction anglaise p. 18–40, pages du papyrus III–VI. Quête et deuil p. 18–30 ; jeu et prise p. 30–33 ; Tabubue p. 33–38 ; restitution et réunion p. 38–40. Les notes philologiques et conjectures de l’éditeur se distinguent du récit traduit.
Premier conte de Setné — traduction de Miriam Lichtheim
Ancient Egyptian Literature, III (1980), p. 127–138, reproduite sur Attalus. Comparaison des pages III–VI : noms, déroulement et fin du récit. L’ouverture avant la page III est explicitement une reconstitution moderne ; les différences de traduction ne sont pas deux versions antiques indépendantes.