Récit nordique
La mort de Baldr
La mort de Baldr est conservée par des textes de formes différentes. Baldrs draumar dramatise les rêves et la consultation d'une voyante ; la Völuspá annonce le gui, Höðr et la vengeance ; Snorri donne le récit le plus continu, des serments de Frigg jusqu'à la mission auprès de Hel.
L'intervention détaillée de Loki appartient surtout à la Gylfaginning, même si la Lokasenna lui fait revendiquer la responsabilité de l'absence de Baldr. La page distingue ces niveaux de témoignage.

Des rêves mettent les dieux en alarme
Baldr fait des rêves menaçants. Dans Baldrs draumar, les dieux se réunissent pour en comprendre la cause et Odin chevauche Sleipnir jusqu'à Niflhel, où il rappelle une voyante morte à la parole.
La voyante annonce que la salle de Hel est préparée pour Baldr, que Höðr sera son meurtrier et que Váli le vengera. Le poème révèle donc l'issue avant de raconter le geste fatal.
Frigg obtient des serments de protection
Dans la Gylfaginning, Frigg fait jurer au feu, à l'eau, aux métaux, pierres, plantes, maladies, animaux, venins et serpents de ne pas blesser son fils. Baldr paraît alors invulnérable.
Les dieux transforment cette protection en jeu et lui lancent toutes sortes de projectiles. Le dispositif repose cependant sur une exception : Frigg n'a pas sollicité le gui, qu'elle jugeait trop jeune.
Höðr lance le gui guidé par Loki
Snorri raconte que Loki apprend l'exception en interrogeant Frigg sous une apparence féminine. Il cueille le gui, le remet à Höðr, aveugle et resté à l'écart du jeu, puis guide sa main vers Baldr.
Le projectile traverse Baldr et le tue. La Völuspá nomme également Höðr comme auteur du coup et annonce Váli comme vengeur. La ruse complète de Loki est surtout développée dans la prose, tandis que la Lokasenna lui fait revendiquer la responsabilité du malheur.
Hringhorni devient le bûcher de Baldr
Les dieux portent le corps sur Hringhorni, le grand navire de Baldr. Incapables de le pousser à l'eau, ils font venir la géante Hyrrokkin, qui le lance avec une telle force que des flammes jaillissent des rouleaux.
Chez Snorri, Nanna meurt de douleur et est placée auprès de Baldr. Odin dépose Draupnir sur le bûcher et Thor consacre le navire avec Mjöllnir. Le nain Lit traverse alors son chemin et Thor le pousse dans le feu.
Hermóðr négocie auprès de Hel
Frigg promet sa faveur à qui chevauchera jusqu'à Hel pour proposer une rançon. Hermóðr prend Sleipnir, franchit le pont Gjallarbrú et trouve Baldr assis à la place d'honneur dans la halle des morts.
Hel accepte de le libérer si toutes choses, vivantes ou mortes, pleurent pour lui. Baldr rend Draupnir à Odin ; Nanna envoie aussi des présents à Frigg et à Fulla.
Þökk refuse de pleurer
Les messagers obtiennent les larmes des êtres et des choses, sauf celles d'une géante appelée Þökk. Elle déclare que Hel doit garder ce qu'elle possède ; Baldr reste donc parmi les morts.
Snorri conclut que l'on suppose Þökk être Loki, sans faire de cette identification une scène directement démontrée. Le refus suffit en tout cas à faire échouer la condition totale fixée par Hel.
La perte annonce aussi un retour
La mort de Baldr est l'une des grandes ruptures qui précèdent le Ragnarök. Elle révèle que les serments, les assemblées et la puissance des dieux ne suffisent plus à empêcher le désastre.
La Völuspá voit pourtant Baldr et Höðr revenir ensemble dans le monde renouvelé. Les sources annoncent ce retour mais ne racontent pas une nouvelle série d'aventures : il appartient à l'horizon de l'après-Ragnarök.
Sources & repères
Baldrs draumar, Edda poétique
Rêves funestes, voyage d'Odin à Niflhel et prophétie sur Höðr et Váli.
Völuspá, Edda poétique
Gui, coup de Höðr, vengeance de Váli, deuil de Frigg et retour de Baldr.
Snorri Sturluson, Gylfaginning
Récit continu des serments, de Loki, des funérailles et du voyage d'Hermóðr.
Lokasenna, Edda poétique
Dialogue dans lequel Loki revendique la responsabilité de l'absence de Baldr.