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Conte égyptien · Moyen Empire

Le Conte de Sinouhé

Environ 6 min de lecture

Un homme fuit, presque sans comprendre pourquoi. Loin de l’Égypte, il trouve une famille, des terres et le prestige des armes. Pourtant, à l’approche de la vieillesse, une question demeure : où souhaite-t-il finir ses jours ? Le Conte de Sinouhé suit ce chemin de la peur au retour.

Ce récit littéraire du Moyen Empire prend la forme d’un témoignage à la première personne. Son cadre royal est historique, mais cela ne suffit pas à faire de son héros un personnage attesté. Cette lecture développe la fiche de Sinouhé ; les repères R et B désignent les papyrus Berlin 10499 et Berlin 3022, selon le découpage présenté par UCL.

Illustration contemporaine de Sinouhé sur une route entre désert et vallée du Nil
Cadre du récitFin du règne d’Amenemhat Ier et règne de Sésostris Ier, XIIe dynastie
Principaux témoinsBerlin 10499 (R) et Berlin 3022 (B), complétés par d’autres copies
PersonnageSinouhé, également nommé Sinuhe ou Sanehat dans les éditions
01

La nouvelle qui fait basculer une vie

Amenemhat Ier meurt alors que son fils Sésostris revient d’une campagne à l’ouest de l’Égypte. Des messagers rejoignent l’armée. Sinouhé, lié au service de la famille royale, entend une communication destinée à un prince. Il est saisi de panique, se cache et s’éloigne au lieu de regagner la résidence (R 5–25 ; B 2–7).

Cette ouverture raconte une rupture, sans en livrer une explication entièrement assurée. Plus tard, Sinouhé nie avoir été accusé ou avoir préparé sa fuite. Le présenter comme un conspirateur démasqué refermerait une incertitude que le conte maintient. Sa peur est certaine ; sa culpabilité ne l’est pas.

02

Franchir la frontière, recevoir du secours

Sinouhé avance par étapes, traverse le fleuve et évite les gardes des Murs du souverain. La fuite le mène au bord de l’épuisement : il manque d’eau. Un homme rencontré parmi des gens venus du Levant le reconnaît, lui donne à boire et le conduit auprès des siens (B 8–28). L’étranger est d’abord celui qui lui sauve la vie.

Les noms de lieux donnent au voyage son relief, mais tous ne sont pas identifiés avec certitude. Le commentaire d’UCL distingue ainsi Byblos, connue sur la côte du Liban actuel, de plusieurs étapes incertaines de la fuite. On peut suivre le mouvement vers le Levant sans transformer chaque nom du conte en point assuré sur une carte.

03

Une nouvelle place auprès d’Ammounenchi

Un chef du Retenou supérieur, Ammounenchi, accueille Sinouhé. Il connaît sa réputation et l’interroge sur l’Égypte. L’exilé fait alors l’éloge de Sésostris Ier : le départ n’a pas supprimé son attachement à la royauté. Son hôte lui donne sa fille aînée pour épouse et des terres dans le pays de Iaa (B 28–92).

Les années passent. Sinouhé a des enfants, reçoit des voyageurs et commande des soldats. Il raconte des conquêtes, des pillages et des morts (B 92–109). Il faut garder ensemble ces deux aspects : l’homme accueilli et secourable est aussi un chef de guerre. Son exil ne se résume ni à une longue misère, ni à une réussite sans violence.

04

Le défi du champion

Un combattant du Retenou vient le défier, avec l’intention de s’emparer de ses biens. Sinouhé prépare ses armes. Le lendemain, devant la foule rassemblée, il évite les projectiles de son adversaire puis l’atteint d’une flèche au cou. Le champion tombe ; Sinouhé le tue et prend ses possessions (B 109–149).

Le duel consolide sa position auprès d’Ammounenchi. Dans la construction du récit, il fait aussi apparaître le chemin parcouru depuis la fuite : l’homme dont le corps tremblait peut désormais vaincre un adversaire redouté. Mais la victoire ne résout pas ce qui reste à venir. Après le prestige guerrier, le conte se tourne vers la vieillesse et la mort.

05

Le désir de rentrer et la réponse du roi

Sinouhé possède de quoi vivre largement, mais souhaite revoir son pays et y recevoir les soins funéraires attendus. Sa prière associe l’apaisement divin, la faveur du roi et le retour à la résidence. Sésostris lui fait parvenir un décret : il peut revenir, reprendre place parmi les courtisans et bénéficier de funérailles égyptiennes (B 149–199).

Le roi ne lui propose donc pas seulement un voyage. Il lui rend un avenir social et funéraire. Sinouhé accueille la nouvelle avec joie, répond au souverain, puis transmet ses biens à ses enfants ; l’aîné prend la tête de sa communauté (B 199–241). Le retour n’efface pas la famille ni la vie qu’il a construites ailleurs.

06

Devant le trône, la peur revient

Rentré en Égypte, Sinouhé est conduit au palais. Devant le souverain, son assurance disparaît : il se prosterne et peine à parler. Le roi le rassure ; la famille royale participe à son accueil. Le récit retrouve ainsi les gestes de peur de son commencement, mais leur donne cette fois une issue favorable (B 241–279).

Sinouhé reçoit des vêtements de lin, des soins et une demeure. Ce changement d’apparence accompagne sa réintégration à la cour (B 279–300). On peut y lire une seconde naissance sociale : le vieux voyageur retrouve une place reconnue. Cette lecture n’oblige pas à prendre les jugements du narrateur sur les usages étrangers pour une description neutre de leurs habitants.

07

Une tombe préparée, un récit transmis

Le dénouement décrit l’aménagement d’un monument funéraire, d’une statue et des moyens d’entretenir le culte du défunt. Sinouhé demeure dans la faveur royale jusqu’au terme de sa vie : le texte prépare sa mort, sans raconter une scène détaillée de son enterrement (B 300–311).

UCL signale une difficulté de traduction : le terme rendu par « chapelle-pyramide » peut désigner sa forme ou son lien avec un complexe pyramidal. Nous parlons donc de tombe ou de monument funéraire, sans lui attribuer une pyramide royale identifiée. La forme autobiographique du conte ne prouve pas non plus que cette tombe ait été retrouvée.

L’histoire nous parvient par plusieurs manuscrits. Les papyrus de Berlin en sont les principaux témoins ; UCL recense aussi le fragment d’Harageh et des copies du Nouvel Empire sur papyrus et ostraca. Cette transmission invite à lire Sinouhé comme une œuvre reprise et conservée, en distinguant toujours le temps raconté de la date des exemplaires qui le transmettent.

Sinouhé

Revenir à la fiche et à ses thèmes : exil, loyauté, identité et mémoire.

À retenir

  • La peur déclenche la fuite de Sinouhé ; le récit ne démontre pas sa participation à un complot.
  • L’exil lui apporte une famille et une position enviable, mais aussi une carrière guerrière que le récit n’efface pas.
  • Le retour réunit accueil royal, réintégration à la cour et préparation d’une sépulture en Égypte.
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Cinq questions, une explication à chaque réponse et un lien pour retrouver le passage du récit.

Retrouvez les personnages et les grands repères.

Sources & pour aller plus loin

Texte ancien — traduction anglaise

Conte de Sinouhé — texte et traduction UCL

Digital Egypt : translittération d’après Koch (1990), découpage de Stephen Quirke. R = Berlin 10499, B = Berlin 3022. R 5–25 / B 2–7 : fuite ; B 8–28 : secours ; B 28–109 : installation ; B 109–149 : duel ; B 149–241 : prière, décret et départ ; B 241–311 : réception et tombe. Version anglaise consultée le 16 octobre 2026 ; lecture française reformulée.

Texte ancien — traduction anglaise ancienne

The Adventures of Sanehat, p. 97–127

W. M. Flinders Petrie, Egyptian Tales, First Series, seconde édition, 1899, traduction anglaise dans le domaine public. Lecture comparée de la narration ; les identifications géographiques et l’hypothèse historiciste des remarques p. 127 et suivantes ne sont pas reprises comme des certitudes. Consultée le 16 octobre 2026.

Commentaire universitaire

UCL — commentaires sur le Conte de Sinouhé

Sections 3–4 : noms royaux et campagne ; 8–12 : lieux et incertitudes géographiques ; 34 : nom de couronnement de Sésostris Ier ; 50 : interprétations du monument funéraire. Notice universitaire anglaise consultée le 16 octobre 2026.

Repères sur les manuscrits

UCL — témoins du Conte de Sinouhé

Papyrus Berlin 3022 et 10499, fragment d’Harageh UC 32773, papyrus et ostraca du Nouvel Empire. Ces témoins documentent la transmission de l’œuvre, pas la réalité historique de toutes les aventures. Notice consultée le 16 octobre 2026.