Récit nordique
Thor et Jörmungandr
Thor et Jörmungandr se rencontrent à plusieurs moments de la tradition nordique. Le serpent entoure Midgard, échappe encore au dieu lors d'une pêche dangereuse, puis devient son adversaire au Ragnarök.
Le Hymiskviða et la Gylfaginning ne terminent pas la pêche de la même façon. Le poème fait frapper le serpent par Thor ; Snorri raconte qu'Hymir coupe la ligne et que Jörmungandr replonge. Les deux versions sont présentées séparément.

Le serpent placé autour du monde humain
Dans la Gylfaginning, Jörmungandr est l'un des trois enfants de Loki et d'Angrboða avec Fenrir et Hel. Les dieux apprennent que cette descendance leur apportera un grand danger.
Odin jette le serpent dans l'océan qui entoure les terres. Jörmungandr grandit jusqu'à encercler Midgard et saisir sa propre queue. Sa position transforme la mer extérieure en frontière vivante du monde humain.
Le chat d'Útgarða-Loki
Lors d'un voyage raconté par Snorri, Thor est soumis à des épreuves dans la halle d'Útgarða-Loki. Il doit notamment soulever un grand chat, mais ne parvient qu'à lui faire quitter le sol d'une patte.
Après le départ de ses visiteurs, le maître du lieu révèle les illusions : le chat était Jörmungandr. Le fait que Thor ait presque soulevé le serpent qui ceint le monde est présenté comme un exploit terrifiant, malgré l'apparence d'échec.
Thor part pêcher avec Hymir
Le Hymiskviða raconte comment Thor accompagne le géant Hymir en mer. Avant le départ, le dieu arrache la tête d'un bœuf pour s'en servir d'appât, tandis qu'Hymir emporte ses propres lignes.
Thor demande d'aller plus loin que les zones de pêche ordinaires. Hymir craint alors de s'aventurer sur le territoire du serpent de Midgard, signe que le dieu recherche volontairement un adversaire à sa mesure.
Jörmungandr mord à l'hameçon
Le serpent prend l'appât et Thor tire avec une force telle que, dans le récit de Snorri, ses pieds traversent le fond de la barque et prennent appui sur le fond marin. Dieu et serpent se font face au-dessus des vagues.
Thor saisit Mjöllnir pour frapper. Hymir, épouvanté par Jörmungandr et par le venin qu'il répand, devient le troisième acteur décisif de la scène.
Deux fins pour la pêche
Dans le Hymiskviða, Thor frappe la tête du serpent avec son marteau et la créature replonge ; le poème ne raconte pas qu'Hymir coupe la ligne. La formulation a parfois été comprise comme une mise à mort, mais les autres traditions et le Ragnarök supposent son retour.
Dans la Gylfaginning, Hymir tranche la ligne avant le coup décisif. Jörmungandr s'enfonce dans la mer, et Thor jette ensuite le géant par-dessus bord. La divergence porte donc sur l'intervention d'Hymir et le moment exact du coup.
Le duel annoncé au Ragnarök
Lorsque l'ordre du monde s'effondre, Jörmungandr quitte la mer et répand son venin. Thor l'affronte et le tue, accomplissant enfin le combat que la pêche avait laissé inachevé.
La victoire ne sauve pas le dieu. Après neuf pas, Thor tombe, atteint par le souffle ou le venin du serpent. Leur relation forme ainsi un récit complet : frontière contenue, première confrontation interrompue, puis destruction mutuelle.
Sources & repères
Hymiskviða, Edda poétique
Poème du voyage chez Hymir et de la pêche au serpent avec une tête de bœuf.
Völuspá, Edda poétique
Destin de Thor face au serpent lors de la bataille et mort du dieu après neuf pas.
Snorri Sturluson, Gylfaginning
Enfance de Jörmungandr, épreuve du chat, récit détaillé de la pêche et duel final.