Récit nordique
La création du monde
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Les sources nordiques ne livrent pas une cosmogonie sous une forme unique. La Völuspá évoque les origines en strophes denses, le Vafþrúðnismál conserve des réponses sur Ymir et les géants, tandis que Snorri relie ces matériaux en un récit continu dans la Gylfaginning.
Cette page suit cette progression sans confondre les textes : du vide primordial à Ymir, puis du corps du géant à l'organisation du monde et à l'apparition des premiers humains.

De l'espace primordial au monde habité
Origines
- Ginnungagap
- Niflheim
- Muspell
Premières lignées
- Ymir
- Auðhumla
- Búri, Borr et Bestla
Monde organisé
- Terre, mer et ciel
- Midgard
- Ask et Embla
Avant la terre et le ciel
La Völuspá commence par un temps où il n'existe ni sable, ni mer, ni vagues, ni terre au-dessous, ni ciel au-dessus. Elle nomme un gouffre béant et ne déploie pas encore la géographie détaillée que donnera la prose de Snorri.
Dans la Gylfaginning, Ginnungagap s'étend entre Niflheim, domaine froid parcouru par les fleuves d'Élivágar, et Muspell, région brûlante gardée par Surtr. Le givre avance dans l'abîme tandis que des souffles chauds arrivent du sud.
Ymir naît de la rencontre du givre et de la chaleur
Chez Snorri, lorsque le givre fond sous l'effet de la chaleur, les gouttes prennent vie et forment Ymir, que la Gylfaginning V identifie à l’Aurgelmir du Vafþrúðnismál. Il n'est pas un dieu créateur : il est l'ancêtre primordial de la lignée des géants du givre.
Le Vafþrúðnismál 32–33 décrit des êtres engendrés sous les bras et par les pieds du géant. La Gylfaginning V situe cette génération pendant son sommeil. Ce détail de la prose ne doit pas être attribué au poème.
Auðhumla révèle Búri dans la glace
Le même givre fondu fait apparaître la vache Auðhumla. Quatre fleuves de lait nourrissent Ymir. Elle-même lèche des blocs de glace salée : des cheveux apparaissent le premier jour, une tête le deuxième, puis un homme entier le troisième.
Cet homme est Búri. Auðhumla nourrit Ymir et dégage Búri, mais la Gylfaginning VI ne fait pas d’elle leur mère. Búri engendre Borr, qui s'unit à Bestla, fille du géant Bölþorn ; de cette union naissent Odin, Vili et Vé.
La mort de Ymir et le déluge de sang
Les fils de Borr tuent Ymir. La Gylfaginning raconte que son sang noie presque toute la population des géants ; Bergelmir et sa compagne survivent et prolongent leur lignée. Le Vafþrúðnismál conserve lui aussi la mémoire de Bergelmir, placé très tôt dans la généalogie des géants.
La création nordique n'est donc pas une fabrication paisible à partir de rien. L'espace habitable est construit après la mise à mort d'un être primordial, et la lignée adverse n'est pas entièrement effacée.
Le corps du géant devient le monde
Les dieux portent Ymir au milieu de Ginnungagap. Sa chair devient la terre, son sang les mers et les lacs, ses os les montagnes, ses dents et fragments d'os les pierres. Son crâne forme le ciel, soutenu aux quatre coins par des nains nommés Austri, Vestri, Norðri et Suðri.
Des étincelles venues de Muspell sont placées dans le ciel. Avec les sourcils d'Ymir, les dieux élèvent une enceinte appelée Midgard pour protéger le domaine humain contre les géants.
Ask et Embla reçoivent la vie
La Völuspá fait rencontrer aux dieux deux êtres sans souffle, esprit, chaleur ni couleur : Ask et Embla. Trois puissances leur accordent les qualités qui en font des humains, mais les noms et la répartition des dons ne coïncident pas entièrement avec la version de Snorri.
La Völuspá 17–18 nomme Odin, Hœnir et Lóðurr. La Gylfaginning IX parle des trois fils de Borr, nommés Odin, Vili et Vé au chapitre VI, et de deux arbres trouvés sur le rivage. Il est prudent de conserver les deux formulations : elles s'accordent sur l'animation d'un premier couple, pas sur chaque détail de la scène.
À retenir
- La rencontre de la glace et de la chaleur dans le vide primordial fait apparaître Ymir, ancêtre des géants.
- Les fils de Borr façonnent le monde à partir du corps d'Ymir ; les premiers humains reçoivent ensuite des dons divins.
- Les poèmes eddiques et Snorri transmettent des versions qu'il faut comparer sans les fondre en un récit uniforme.
Testez votre lecture
Cinq questions, une explication à chaque réponse et un lien pour retrouver le passage du récit.
Retrouvez les personnages et les grands repères.
Sources et passages
Völuspá, Edda poétique
Strophes 3–4 et 17–18 : origines, Ask et Embla. Traduction anglaise de Henry Adams Bellows (1923), dont la numérotation des strophes est suivie ici.
Vafþrúðnismál, Edda poétique
Strophes 21 et 29–35 : corps d’Ymir, Aurgelmir et Bergelmir. Traduction anglaise de Henry Adams Bellows (1923), dont la numérotation des strophes est suivie ici.
Snorri Sturluson, Gylfaginning
Chapitres IV–IX : origines, premiers dieux et humains. Traduction anglaise d’Arthur Gilchrist Brodeur (1916).